dimanche 12 mai 2013

Le colloque culturel de l’association Ighzar Amellal , un pari réussi

La conférence de Mess Abdi " La déchirure sociale dans les Aurès" .

L’association culturelle Ighzar Amellal d’Arris a organisé ce 11 mai un colloque culturel à la maison de culture de la ville,  l’évènement qui a drainé  une grande foule   , de militants de la cause berbères, d’amateur de la culture chaouis  , et de simple curieux  venus des quatre coins des Aurès  , a été inscrit sous le signe du renouveau  de la culture chaouis .

La présidente de l’association Mme Saliha Douchemen lors de l’ouverture de l’évènement s’est associée à la douleur de la famille de Salah Lounissi disparu ce mercredi, elle a adressé au nom de son association ainsi qu’au nom des participants à ce colloque ces condoléances à la famille et à toute la population de T’kout meurtrie par la silicose.
Une partie du débat .


Les activités de la manifestation ont été dominées par la poésie laquelle s’est taillé la part du lion, trois poètes parmi les plus illustres que compte la congrégation,   Bachir Adjroud , Yemmes N Laurès , et Aghiles Mazigh  se sont succédé sur l’estrade pour déclamer leurs plus beaux textes au grand bonheur des assistants , ensuite c’était le tour de l’ancien militant Saci Abdi  de présenter une conférence sur le thème de «  La déchirure sociale dans les Aurès » , le conférencier est revenu sur l’histoire des tribus chaouis , du sud de l’Aurès jusqu’ aux confins du tell , de la frontière tunisienne à l’est  jusqu’à la Hodna à l’ouest , en insistant sur le rôle important de la tribu dans l’organisation sociale chez les chaouis « Elle est importante dans le sens où elle donne une structure sociale à la population et définie son rapport à l’identité et à la terre …… d’ailleurs les français ont bien  compris  ça  , ils ont à mainte fois essayer tantôt d’exacerber les susceptibilités intertribales et intra-tribales , et dans d’autre d’affaiblir l’autorité de la tribu représentée par  ‘’Tajmaât ‘’ » , autre méthode fut celle de la destruction physique «  avec les lois sur la dépossession foncière représentée par sénatus-consulte de 1863, loi Warnier de 1873 (visant la liquidation de la propriété communautaire des tribus) » , Mass Saci Abdi à mis en garde contre certaines formes néfaste du tribalisme ‘’Taârucit’’ «  qui perpétue des archaïsmes , tel le népotisme ,et  le régionalisme qui empêche l’émergence d’une société civile moderne au sein de la société chaouis » . S’en est suivi un débat très vif  animé entre autre par le député Hamid Aissaoui , sur  plusieurs thèmes, Taârucit , la place de la tribu dans la société chaouis d’aujourd’hui , et la maladie de la silicose qui ne cesse de faucher des vies au  sein des tailleurs de pierre  de T’kout  , les intervenants était unanime quant à la condamnation de l’inertie des pouvoir publique face à ce fléau  et de lancer un appel  urgent pour prise en charge  médicale  des  malades qui en souffrent encore .

Cette rencontre s’est clôturée l’après-midi  dans une ambiance fraternelle après la distribution de cadeaux sur les participants.


samedi 11 mai 2013

Salah Lounissi n’est plus, Ighzar Amellal endeuillé


Il chantait la souffrance des jeunes chaouis , ballottés entre  un avenir incertain et un quotidien amère ,  il interpellait  Ighzar Amellal  « Sbaḥ lxir iɣzar amellal mamek tsabḥad di lḥal ? » (Bonjour Ighzar Amellal , comment vas-tu aujourd’hui ? ) « Ma lham fallek  assa yerfad niɣ d lmuḥal ? » (Ton malheur est-il  éphémère ou bien est-ce une fatalité ?) , Ighzar Amellal ne réponds pas cependant et se refugie dans son mutisme  légendaire, mais Salah réponds à la place de la rivière blanche « Sḍemɛent Iɣzar amellal , w qninek imi , Zrinca ila tfaqed  rebbanek tiwdi » ( Ils t’ont tenté et ensuite muselé , de crainte que tu te réveille ils ont cultivé chez toi la peur). Après cette ultime mise en garde, Salah Lounissi tire sa révérence  laissant Ighzar Amellal à ces démons, à 34 ans il s’est éteint ce mercredi à l’hôpital d’Arris emporté par la silicose,  ce mal qu’il a mainte fois dénoncé dans ces chansons.
Salah Lounissi est la centième victime de la silicose parmi les tailleurs de pierre de T’kout , une ambiance lourde pèse sur cette petite ville et sur toute la vallée d’Ighzar Amellal qui a perdu l’un de ces plus chers enfants .




lundi 22 avril 2013

Ruines de Kheïrane dans la vallée d’Ighzar Amoqrane

Ahenchir n ikhataben

Parmi les vestiges archéologiques qui se trouve dans l’Aurès et  qui sont aujourd’hui méconnus à cause de leur emplacement relativement loin des axes routiers ,  enclavés dans la montagne ou tout simplement parce que la presse n’en parle jamais, il y a les ruines de la vallée d’Ighzar amoqrane  ( près de Kheïrane  ) .

Les spécialistes décrivent cette vallée comme étant une région prospère pendant la période romaine, la route Mascula (khenchela) – Ad Badias ( Badès)   passait par là .

Emile Masqueray a décrit  ces ruines pour la première fois  en 1878 , il distingua deux mausolées , "Ahenchir n ikhataben"  et "Ahenchir N Tibaâliyne"  (Revue africaine, XXII, 1878, p. 39-40) , Stéphane Gsell quant à lui les cite dans son atlas archéologique « le premier mausolée, bien conservé, appelé par les indigènes Souma-n-ikhetteben. Il mesure2m, 56 de côté et 6 mètres de hauteur.  Il est divisé, dit M. Lambin, en deux parties : une partie inférieure, formant tombeau ; une partie supérieure, formant chapelle, à laquelle on accédait par un escalier de la largeur du tombeau. L’escalier a été détruit, le dallage [d’en haut] également ; tombeau et partie supérieure formant chapelle sont confondus, mais on voit encore, contre le mur, portés par de larges dés en pierre, deux [sarcophages] creusés dans des blocs de marbre grossier...Des fragments de frise, des débris de colonnes, épars çà et donnent une idée de ce que ce monument funéraire pouvait être jadis... Les débris de colonnes appartiennent tous à l’ordre dorique. » Aujourd’hui un seul sarcophage existe  encore, l’autre a sans doute été détruit par les pilleurs à la recherche de pièces d’or ( voir la photo ci-dessous ) .

Le seul sarcophage qui reste
 Ahenchir N Tibaâliine s’élève sur une butte voisine à un kilomètre du premier « Il affecte la forme d’un cube de 2 mètres environ... Une pierre au-dessus de la porte présente un cadre qui aurait dû contenir une inscription, mais l’inscription n’a jamais été gravée. » En 1947  Jeanne Alquier conservatrice du musée d’Alger a entrepris un voyage d’exploration dans la région, elle a découvert une inscription près d’Ahenchir N Tibaâliine qui indiquent que les trois tombeaux qui se trouve à côté appartiennent à la famille  « Vitellii »  , aujourd’hui ce mausolée  n’ est un amas de pierres .Par ailleurs  J. Alquier a recensé  pas moins de 57 ruines  dans toute la vallée d’Ighazar amoqrane  , des vestiges de moulin à grains , des huileries, de nombreux ouvrages hydrauliques  ainsi que 4 autres petits mausolées ‘’Ahenchir  Ouarama’’, ‘’Ahenchir  n Teizirt ‘’,  ‘’Ahenchir Tisegmat’’ ,‘’Ahenchir Tabiloud’’ , lors de notre visite nous avions pas pu les identifier , ils aurait vraisemblablement péris ,   victime des affres du temps et des trafiquants sans vergogne.



Ahenchir N Tibaâliine
L'Aurès  pendant la période romaine